Lhney Steiner – l’Atelier du Fromage

 Lhney Steiner est Américaine et est née en 1974. Elle a grandi au centre de l’État de New York, dans la région de Finger Lakes. Elle vit dans le canton de Neuchâtel depuis 8 ans. Elle est...


27 août 2019

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Lhney Steiner est Américaine et est née en 1974. Elle a grandi au centre de l’État de New York, dans la région de Finger Lakes. Elle vit dans le canton de Neuchâtel depuis 8 ans. Elle est mariée et a deux enfants.

Elle a travaillé jusqu’en 2014 pour une grande entreprise du secteur de la MedTech. Puis elle a créé sa propre entreprise, L’Atelier du Fromage.

 

Comment s’est passée votre arrivée à Neuchâtel ?

Nous avons d’emblée été bien accueillis. Notre expérience à Neuchâtel a été bien différente de celle vécue par certains de nos amis qui sont installés dans de plus grandes villes, et qui ont eu du mal à s’intégrer. Certains sont repartis au bout de deux ans, tandis qu’ici, nous avons noué de solides amitiés.

Nous sommes heureux de vivre dans ce bel endroit où nous avons été accueillis à bras ouverts. Au moment de notre installation, nous ne parlions pas un mot de français. Cela n’a pas facilité les choses, mais il y a toujours quelqu’un qui est prêt à vous donner un coup de main. Les gens maîtrisent suffisamment l’anglais, on mélange les langues et au bout du compte, on arrive toujours à se comprendre. Les gens font leur possible pour vous aider à surmonter les petites difficultés du quotidien. Et je ne parle pas seulement des collègues, qui peuvent se sentir tenus de le faire. Parfois de parfaits étrangers, voyant que nous étions en difficulté, nous proposaient spontanément leur aide.

La commune aussi s’est montrée très serviable. Il s’agit d’une toute petite commune de 2 000 habitants, Gorgier. Elle compte très peu d’expatriés, mais notre installation s’est passée pour le mieux. Un jour, une employée municipale a remarqué qu’un courrier du canton à notre intention portait la mauvaise adresse. Elle se souvenait que nous avions changé d’appartement, tout en restant dans le même bâtiment. Une telle erreur pouvait engendrer du retard dans la réception du courrier. Elle en a donc fait une copie, l’a traduit en anglais et nous l’a envoyé pour s’assurer que nous le recevions rapidement. Nous avons effectivement reçu sa copie traduite avant le document officiel du canton. Elle s’est donné du mal alors qu’elle aurait simplement pu ignorer cette erreur. Je ne pense pas que nous bénéficierions d’un tel niveau de service dans d’autres pays. Les gens avaient à cœur de faire en sorte que notre expérience ici soit positive.

Est-ce que cela a été facile de s’intégrer dans le canton de Neuchâtel ?

Je me souviens d’une anecdote, qui permettra d’illustrer le bon accueil qui nous a été réservé. L’un de nos voisins organisait un apéro et nous a invités en glissant une carte écrite à la main dans notre boîte aux lettres. Le jour suivant, il a frappé à la porte pour s’assurer que nous avions bien compris l’invitation en français. Le soir de l’apéro, nous étions en retard car mon mari et moi avions dû travailler tard. Que faire ? Nous savions que la ponctualité est importante en Suisse et nous avions 30 minutes de retard. À l’époque, nous ne connaissions pas bien les usages locaux dans ce genre de situation : fallait-il tout de même y aller ou valait-il mieux annuler ? Qu’est-ce qui serait le moins impoli ? Juste au moment où nous avions pris la décision d’y aller, quelqu’un frappe à la porte. C’était notre voisin qui venait s’assurer que nous savions comment nous rendre à son appartement.

Nous nous sommes fait des amis suisses depuis notre arrivée à Neuchâtel. 80 % de nos voisins étaient suisses et nous étions les seuls Américains. Tout le monde parlait français et, à divers degrés, anglais, allemand et plusieurs autres langues. Au début, nos horaires de travail étaient calqués sur les habitudes américaines, ce qui nous laissait peu de temps pour étudier et apprendre le français. Je passais 12 heures au travail et prenais mon dîner au bureau, ce qui ne se fait absolument pas en Suisse. À la maison, après le souper, je pouvais travailler encore 4 heures de plus. Nous avons tout de même réussi à avoir une vie sociale grâce à l’offre très riche du canton : restaurants, musées, théâtres, etc. Et maintenant que mon français s’est amélioré, nous nous sentons encore mieux intégrés.

 

Comment se passe la vie de famille dans le canton de Neuchâtel ?

Après 4 ans à Neuchâtel, il ne fait aucun doute que nous préférions fonder une famille ici plutôt qu’aux États-Unis. C’est en Suisse que nous voulons élever nos enfants.

Plusieurs de nos amis suisses ont inscrit leurs enfants dans des écoles maternelles de type Montessori. Certaines familles ont ensuite choisi d’envoyer leurs enfants dans une école publique pour la première année du cycle HarmoS (à environ 4 ans), tandis que d’autres ont décidé de laisser leurs enfants à Montessori. L’aspect positif à Neuchâtel, c’est que l’on peut choisir. Passer du privé au public ne pose aucun problème. Nous avons pour notre part choisi d’inscrire nos enfants dans un établissement Montessori deux matinées par semaine, dès leur plus jeune âge (2ans). L’école Montessori était intéressante pour nous puisqu’il s’agit d’un environnement bilingue. Nous souhaitions une école bilingue car nous parlons que l’anglais à la maison. Bien que nous avions une nounou francophone à temps partiel, nous voulions également un environnement scolaire francophone pour renforcer l’acquisition de cette langue et faciliter la socialisation avec les autres enfants. Pour nous, commencer par une école Montessori était donc la bonne décision. Le système Montessori est centré sur l’autonomisation de l’enfant, qui peut choisir ses activités et dispose d’une grande liberté pour s’exprimer. C’est une approche fantastique que nous apprécions, mais elle ne répond pas toujours aux objectifs des parents. En tant que mère, je veux que mes enfants apprennent le français pour pouvoir s’intégrer et se faire des amis francophones. À Montessori, il est difficile de demander que l’enseignant francophone consacre plus de temps à votre fille. Ce n’est pas toujours possible. Si elle préfère parler anglais car elle se sent plus à l’aise avec cette langue, le programme Montessori l’accepte.

Nous avons eu de très bons échos sur les écoles publiques et avons donc décidé d’inscrire notre fille au premier cycle HarmoS. Nous étions inquiets de voir comment se passerait cette transition vers l’enseignement public, n’ayant aucune expérience à ce sujet. L’école Montessori nous avait beaucoup plu, en particulier la forte composante scientifique intégrée à l’enseignement des enfants dès leur plus jeune âge. Nous ne savions donc pas à quoi nous attendre dans le public, mais lorsque notre fille a intégré sa nouvelle école et que nous avons découvert l’enseignement et les activités proposés, nous n’avons pas regretté notre choix. L’enseignement public suisse propose un programme plus riche aux enfants de 4 ans que celui, par exemple, que j’ai pu suivre aux États-Unis à 5 ans. La méthode d’enseignement est ludique ; les enfants ne réalisent pas forcément qu’ils sont en train d’acquérir de nouvelles connaissances ou compétences, car cela peut prendre la forme d’un jeu. Les activités sportives sont incroyables. Dans le cadre de son programme scolaire, notre fille qui achève son premier cycle HarmoS, aura 3 mois de leçons de natation avec un instructeur spécifique. Il y a également les activités de terrain comme La Torrée, qui a été une expérience formidable pour elle avec l’aide des plus âgés. Elle apprend également à recycler et à jardiner. Nous sommes très impressionnés par la qualité de l’enseignement public en Suisse. Notre fille adore l’école et nous en sommes absolument ravis !

 

Comment s’est passée votre expérience professionnelle dans le canton de Neuchâtel ?

À l’origine, nous sommes venus nous installer à Neuchâtel pour mon travail chez Johnson & Johnson. Trois ans plus tard, la division a été délocalisée à Zoug. J’ai alors décidé de quitter l’entreprise pour deux raisons. D’abord, nous étions déjà très attachés à Neuchâtel : nous y avions des amis, notre réseau, et je ne voulais pas partir vivre dans une autre ville. Ensuite, j’étais enceinte et nous avons décidé de rester à Neuchâtel pour élever nos enfants dans un endroit où nous avions déjà « pris racine ».

J’ai maintenant décidé de créer une petite entreprise avec une amie suisse (Johana Eidam Vautherot de la région du Val-de-Travers). En tant qu’expatriée, je trouve que c’est une expérience passionnante de créer une activité dans un canton romand. Johana et moi avons créé une société tout ce qu’il y a de plus suisse, baptisée L’Atelier du Fromage, en septembre 2018. Il s’agit d’un club dédié à la découverte des fromages artisanaux suisses. Nous proposons un coffret mensuel de fromages artisanaux sélectionnés avec soin et livrés directement à domicile. Chaque mois, nous explorons un canton suisse différent et cherchons les « perles rares » présentes uniquement dans cette région spécifique. Nous privilégions les petites fromageries locales qui élaborent leurs spécialités à partir de lait de provenance locale. Nombre de ces fromageries sont des entreprises familiales transmises de génération en génération. Ces fromages fleurent bon le terroir et chacun a un goût que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Nous avons la chance de passer du temps avec des personnes passionnées, fières de leur travail et des produits qu’elles élaborent jour après jour. C’est un honneur pour nous de parler de leur savoir-faire et de partager leurs créations. Nous voulons que les gens apprennent, partagent et découvrent les beaux fromages de notre pays. L’Atelier du Fromage est le lien qui réunit les petites fromageries locales et les amoureux du fromage.

Pour mon mari, être basé à Neuchâtel est très pratique car il effectue de nombreux déplacements partout en Suisse et également à l’étranger. Neuchâtel bénéficie d’une situation géographique centrale et, d’ici, il peut facilement prendre l’avion au départ de Genève, Bâle ou Zurich. Il dispose d’un vaste choix de vols, qui lui permettent de rejoindre un grand nombre de destinations en 90 minutes environ.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

La principale difficulté a été la barrière initiale de la langue, mais de nombreuses solutions existent. Nous avons opté pour des cours.

Un autre défi, pour nous, était lié à la variété et à la disponibilité des services auxquelles nous étions habituées. Aux États-Unis, tout peut être livré à domicile, qu’il s’agisse de vêtements nettoyés ou de nourriture à emporter. Les magasins restent souvent ouverts tard le soir, même le dimanche. Nous avons alors appris à nous organiser autrement. Maintenant, nous préférons de loin profiter des dimanches en famille et avec des amis, au lac ou à la montagne et nous avons une meilleure qualité de vie.

Enfin, je pense que même si nous sommes installés ici depuis huit ans, l’adaptation culturelle est un processus permanent. Au bout du compte, nous sommes toujours américains. Nous ne pouvons pas échapper à cette réalité. Nous sommes influencé par la mentalité suisse et américaine. Je vous donne un exemple : à Montessori, vous pouvez déposer votre enfant quand vous le désirez dans une fenêtre de 30 minutes. Cela prend 5 minutes et vous pouvez foncer vers votre rendez-vous suivant. À l’école publique, vous devez attendre que l’enseignant vienne et accompagne les enfants en classe. Pour ma mentalité américaine, c’est une perte de temps. Mais à présent, j’apprécie cette façon de faire. Je passe un moment agréable à marcher main dans la main avec ma fille. Il s’agit de moments précieux. Cela m’oblige à ralentir le rythme et me donne aussi l’occasion de rencontrer les autres parents d’élèves. Ces adaptations culturelles nous permettent d’apprendre à vivre comme les suisses et nous l’apprécions de plus en plus. Nous envisageons même de prendre la nationalité suisse d’ici 2 à 3 ans…