L’expertise horlogère locloise appliquée au médical

À la fin de l’année 1977, Luc Tissot est conscient de l’importance de la diversification du domaine horloger, et crée, avec l’aide de Kontron SA, la société Precimed. L’objectif de cette...


10 juillet 2019

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À la fin de l’année 1977, Luc Tissot est conscient de l’importance de la diversification du domaine horloger, et crée, avec l’aide de Kontron SA, la société Precimed. L’objectif de cette nouvelle entité est d’utiliser le haut niveau de la technologie horlogère pour la conception du premier stimulateur cardiaque (ou pacemaker) suisse.

Precimed se lance

En 1977, la firme horlogère Tissot ferme l’usine de ses mouvements mécaniques. Branco Weiss, fondateur de la société Kontron, et Luc Tissot décident de travailler ensemble sur un nouveau projet médical : le simulateur cardiaque.

Suite à la création de la société Precimed en décembre 1977, Luc Tissot engage l’ingénieur hollandais Gérard B.M en tant que directeur technique ainsi que dix employés. Tous viennent du monde horloger et apportent l’expertise et précision inhérentes à ce domaine.

Durant sa première année d’activité, Precimed termine son premier stimulateur cardiaque implantable, nommé « Précilith », le premier en suisse. Cet appareil, qui pèse 72 grammes, est entièrement manufacturé dans l’atelier de Precimed. Près de 18 mois après ses débuts et grâce un apport financier du Groupe Hoffmann-La Roche, Precimed produit 2000 stimulateurs cardiaques. Afin de constamment améliorer son appareil et s’adapter aux évolutions médicales, l’entreprise locloise collabore étroitement avec le centre électronique horloger (aujourd’hui le CSEM) ainsi que des médecins-cardiologues.

L’heure des changements

En avril 1980, Luc Tissot, fondateur de Precimed, se retire de la direction. Il est remplacé par Adrien Bussard du Groupe Kontron, actionnaire majoritaire de Precimed. M. Bussard jouera un rôle prépondérant dans l’adoption du pacemaker, puisqu’il est à l’origine de l’introduction des stimulateurs cardiaques Precimed dans tous les hôpitaux suisses.

Une année plus tard, Kontron vend Precimed à la société américaine Intermedics Inc., numéro deux mondial de la production de pacemakers. Le maintien de la production au Locle est une condition indispensable au rachat. Precimed suit sa logique de développement et profitera du soutien logistique et de moyens financiers plus importants. Intermedics, de son coté, bénéficie à présent de la micromécanique locloise. Ces développements débouchent sur le recrutement de 40 nouveaux employés ainsi que 100 autres l’année suivante. Une nouvelle très réjouissante pour la région locloise.

Luc Tissot, quant à lui, continuera de développer différents projets dans la région du Locle: le traitement du glaucome et le traitement de l’hydrocéphalie notamment. Ces différents projets déboucheront sur l’installation du géant pharmaceutique Johnson&Johnson au Locle suite au rachat de l’entreprise de Luc Tissot.

La fin d’une entreprise mais le début d’une industrie pour le canton

En février 1999, après plus de 20 ans d’existence, la société Sulzer Medics, anciennement Precimed, met un terme à ses activités et licencie ses 200 employés, suite à sa vente au groupe américain Guidant, qui poursuivra la production en Irlande. Cette nouvelle est un coup dur pour les employés et la ville du Locle.

Précurseur, Precimed a donné une impulsion importante à l’industrie médicale et horlogère du canton de Neuchâtel. Depuis, d’autres sociétés médicales ont vu le jour et se sont imposées mondialement dans divers domaines médicaux, notamment celui des prothèses (Lauener & Cie, Integra Lifesciences).

Le stimulateur cardiaque, une précision horlogère

Le stimulateur cardiaque ou pacemaker est un appareil en titane qui permet de corriger le rythme cardiaque en cas de bradycardie (battements très lents du cœur) ou d’arrêt momentané du cœur. Il est posé dans la poitrine, sous la peau et relié par des sondes au cœur. Il fonctionne comme un « organe » de contrôle et envoie une pulsion uniquement en cas de détection d’une anomalie du rythme cardiaque.

À l’image d’une montre, cet appareil mécanique et électronique se doit d’être très précis et de fonctionner en permanence malgré un environnement chaud et humide. Tout cela pour une durée variant de six à plus de dix ans. Chaque pièce subit une batterie de tests avant le montage. Puis, des examens de connexion, d’électronique et d’étanchéité sont menés pour assurer le fonctionnement du produit fini. Finalement, une fois le stimulateur cardiaque posé, les différentes données seront récoltées afin de suivre l’état physique du porteur, l’état de l’appareil et d’effectuer une intervention, en cas de nécessité.

Le premier stimulateur implantable a été posé en 1958 par le chirurgien suédois Åke Senning.


Dates clés

Décembre 1977 : Fondation de la société Precimed

Novembre 1978 : Implantation sur un patient du premier stimulateur cardiaque suisse, nommé Précilith

Juin 1979 : production de 2000 stimulateurs cardiaques

Novembre 1980 : Luc Tissot quitte Precimed et est remplacé par Adrien Bussard

Mars 1981 : Kontron holding SA vend Precimed à la société américaine Intermedics Inc.

Février 1999 : Vente de Sulzer Intermedics, anciennement Precimed, à Guidant et fermeture de l’usine du Locle.